La matinée spéciale du 14 juin en direct de la Cité Saint-Pierre à Lourdes permettra de mettre en avant le Secours catholique-Caritas France qui souffle cette année ses 80 ans. C’est aussi l’occasion de rappeler son histoire, ses combats et son lien avec l’Église.
Ni le lieu ni la date n’ont été laissés au hasard. Pour les 80 ans du Secours catholique, la matinée du 14 juin aura lieu dans la cathédrale de verdure de la Cité Saint-Pierre, sur les hauteurs de la ville de Lourdes. La Cité Saint-Pierre accueille des personnes en précarité près du sanctuaire depuis 70 ans. La date de création du Secours catholique remonte précisément au 26 juin 1946 lorsque l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques de France (devenue Conférence des Évêques de France en 1964) nomme l’Abbé Jean Rodhain pour fédérer les initiatives caritatives nées pendant ou après la guerre, dont le soutien aux prisonniers. « Le Secours Catholique est né des immenses souffrances accumulées pendant la Seconde guerre mondiale, témoigne François Odinet, aumônier général du Secours catholique – Caritas-France. Le but était de donner une force, un impact plus grand à ces initiatives. »
Des participants de toute la France
Secrétaire général du Secours catholique de 1946 à 1970, Jean Rodhain a été nommé en 1950 par le pape Pie XII « Prélat de Sa Sainteté », ce qui lui donne le titre de « Monseigneur » bien qu'il ne soit pas évêque. Puis il sera président de l’organisation à partir de 1970 et jusqu’à sa mort en 1977. La messe sera d’ailleurs présidée par le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France (CEF), afin de marquer le lien entre l’Église et le Secours catholique. Y assisteront des personnes accompagnées, des bénévoles et des salariés de la région et aussi des délégations de toute la France. Aujourd’hui, ce sont 3000 équipes qui œuvrent localement en lien avec les actions internationales regroupées dans le mouvement Caritas Internationalis sous l’égide du pape. « Il est essentiel d’articuler le local et le global, » explique François Odinet, aumônier général du Secours catholique - Caritas France.
Pédagogie de la Charité
Monseigneur Rodhain disait : « Il est probable qu’en pratiquant certaines formes de charité, on prépare les lois sociales de demain. » Le Secours catholique a toujours été moteur dans les grandes avancées sociales du siècle avec en préoccupation première la parole des plus fragiles. « Depuis 80 ans, le Secours catholique est au service de tout le monde, dans un accueil inconditionnel, il sert aussi de pédagogie de la Charité et il n’hésite pas à innover, à agir en réseau pour changer le regard sur la pauvreté et donner du pouvoir d’agir aux plus précaires. Il a toujours porté les combats de l’époque. L’insertion par le travail dans les années 1970-80, la précarité énergétique dans les années 1980-90 ou la justice sociale et écologique depuis les années 2000 », rappelle l’aumônier.
Épauler (80 ans du Secours Catholique)
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Expérimentations
Pour Daphné Chamard-Teirlinck, responsable du département Transition Ecologique Juste au Secours catholique-Caritas France, l’association a beaucoup œuvré sur la question du chômage dès les années 1970. Avec ATD Quart-Monde et d’autres organisations, elle a défendu un revenu minimum d’insertion. Ce combat a abouti à la création du RMI en 1988. L’ONG a aussi été moteur dans la création des Territoires zéro chômeur de longue durée, dispositif expérimental de lutte contre le chômage de longue durée en France. « Face à un problème ou un constat, le Secours catholique a toujours essayé de chercher des solutions, quitte à les inventer si elles n’existaient pas encore », rappelle l’aumônier général François Odinet.
Précarité énergétique
Sur la précarité énergétique, l’association a toujours été très engagée. Ainsi dès les années 1980, le Secours catholique a été très actif pour défendre un droit à l'énergie, ayant abouti à la loi de 2000 sur le droit de tous à l'électricité. Le dispositif a été remplacé en 2018 par le chèque énergie. Le Secours catholique travaille sur une structure pour accompagner les propriétaires les plus modestes dans la rénovation de leur logement passoire thermique grâce au contrat d’impact social avec l'ANAH et le Réseau éco-habitat. À l’international, le Secours catholique et Caritas Internationalis participent aux mobilisations collectives. « Ainsi, lors de la dernière COP des Nations Unies, la mobilisation portait sur le mécanisme de transition juste et pour la prochaine COP27 sur la mise en place du fonds pertes et Dommages. », explique Daphné Chamard-Teirlinck.
Accès aux droits
« Le Secours catholique fait évoluer ses combats en fonction de ceux des personnes accompagnées, reconnait François Odinet. Ainsi, nous continuons de défendre l’accès aux droits mais nous défendons aussi aujourd’hui l’accès à une alimentation digne et durable. Les gens précaires ne doivent pas être condamnés à mal manger. L’enjeu concerne aussi les agriculteurs dont beaucoup sont en grande difficulté. Nous savons aussi que les personnes précaires sont les premières victimes du réchauffement climatique. Il est important de construire avec elles des solutions. » Le Secours catholique a publié le 17 février 2026 une étude sur les conséquences du changement climatique sur les populations vulnérables en France et dans le monde.
La Fraternité sur le terrain
Expérimenter la fraternité sur le terrain en faisant se rencontrer des publics différents permet de créer des liens d’amitié au sein même des équipes entre personnes accompagnées, bénévoles et salariés. « Une société où l’on prend soin des liens humains rend les gens heureux », signale François Odinet. Évidemment un des récents combats du Secours catholique vise un autre discours politique sur la fraternité. « Nous devons démontrer qu’une démocratie qui fonctionne correctement prend en compte les personnes précaires. »
Et ce dernier combat s’accompagne d’un autre plus tourné vers l’aspect spirituel. « Nous voulons continuer à valoriser la dimension spirituelle qui donne de la force aux personnes accompagnées pour s’en sortir. Nous devons écouter leur soif et leur richesse spirituelle, et la valoriser. »
Laure Salamon
